Pourquoi des Assises ?
La Guyane, avec tous ses atouts, est aujourd’hui confrontée à des défis d’une exceptionnelle ampleur. Sa croissance démographique, supérieure à 3,5% par an, exerce une pression forte sur la société à tous ses niveaux. Aujourd’hui chiffrée à 220.000 habitants, la population devrait dépasser 500.000 en 2040, plus que la Guadeloupe ou la Martinique.
Les données de l’INSEE montrent que si les résultats de l’enseignement s’améliorent, 52,5% des jeunes guyanais de 15 à 29 ans ne détenaient aucun diplôme en 2005. En 2009, seuls 10,3% étaient titulaires d’un baccalauréat, 3,6 % d’un diplôme bac+2 et 3,3% d’un diplôme bac+4. Le taux de chômage, estimé à 20,6% en 2007, frappe particulièrement les jeunes et les femmes. Chaque année 4000 jeunes dont le niveau de formation correspond aux statistiques précédentes, arrivent sur le marché du travail et leur nombre doit s’accroître. Alors que les emplois qualifiés leur sont offerts, en nombre d’ailleurs trop faible, au niveau de 800 à 1000 (hors fonction publique), les jeunes Guyanais ne parviennent à les satisfaire que très partiellement.
L’amélioration du niveau général de la formation et son adaptation aux potentialités locales sont donc des impératifs qui s’imposent à tous les responsables.
La prise en compte de ces deux nécessités, amélioration de la formation et spécificité du cas guyanais, doit se traduire dans les priorités de l’action que les collectivités territoriales entendent mener.
Le niveau de toutes les composantes de l’enseignement est conditionné par l’existence d’un enseignement supérieur et d’une recherche florissants, puissants et rayonnants. Tel n’est pas aujourd’hui leur état en Guyane. Une stratégie doit être élaborée, présentant une vue synthétique à trois horizons : le court terme à cinq ans, traitant les problèmes immédiats ; le moyen terme à dix ans, fixant des axes de décision ; le long terme à quinze ou vingt ans, définissant le cadre général. C’est dire que les préoccupations de chacun doivent être insérées dans une vision globale qui reposera cependant sur des propositions très concrètes.
La spécificité de la Guyane, due à sa position géographique sur le continent sud américain, à l’évolution de sa population et à l’étroitesse de sa base économique, doit absolument se traduire par une autonomie raisonnable de ses structures et de la gestion de ses affaires courantes. Tel n’est aujourd’hui l’état ni de l’enseignement supérieur ni de la recherche, comme le constatent depuis longtemps aussi bien les élus que les membres du corps enseignant. Dans le cadre actuel de la législation, la démarche à suivre repose sur l’exploitation au maximum de la réglementation existante, alliée à la volonté permanente d’en étendre les limites aussi loin que possible.
A l’échéance d’une dizaine d’années, la structure universitaire aux Antilles et en Guyane doit évoluer vers la fédération de trois sites fortement autonomes, qui pourraient être des GIP implantés respectivement à la Martinique, à la Guadeloupe et en Guyane, chargés de la vie universitaire, des rapports avec les organismes de recherche, des accords de coopération et de la prise en compte des impératifs locaux, tout en conservant une UAG chargée selon la loi, de la gestion des enseignants et de la délivrance des diplômes.
L’existence d’un GIP universitaire en Guyane s’avère donc comme indispensable pour :
- Permettre aux instances territoriales d’exercer leur influence.
- Développer la plupart des structures, à l’instar du PUG qui a piloté la construction du campus de Troubiran.
- Conduire à la création de la fédération universitaire de l’avenir.
Telles sont les raisons qui amènent la Région Guyane à proposer la tenue d’Assises de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, avec l’appui de Mme Valérie PECRESSE, Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Les objectifs des Assises sont les suivants :
- Définir et faire connaitre les principes qu’entendent adopter, promouvoir et appliquer les autorités territoriales de Guyane en matière d’enseignement supérieur et de recherche dans les prochaines années, en précisant les objectifs prioritaires et les moyens à mettre en œuvre aux horizons définis ci-dessus de cinq, dix et quinze ans.
- Etablir une feuille de route des actions à entreprendre pour imprimer cette politique dans les faits, avec un calendrier prévisionnel, un choix de priorités et une estimation des moyens nécessaires.
- Transmettre au public le message que l’éducation et la formation constituent véritablement une priorité en Guyane avec les conséquences que cela implique, alerter les autorités parisiennes sur la résolution guyanaise et mobiliser l’opinion autour du projet.
Nous souhaitons que toutes les forces qui animent la vie guyanaise, tant dans les domaines politique et économique que dans ceux de l’enseignement et de la recherche, prennent part activement à ces Assises, aussi bien dans leur phase préparatoire qu’au cours de leur tenue proprement dite les 11 et 12 avril 2011 au PUG à Cayenne. C’est pourquoi nous vous invitons à nous rejoindre pour former un vaste rassemblement de toutes les bonnes volontés.
Sur la suggestion de Mme la Ministre, nous avons adopté pour cette manifestation un titre où se rejoignent Enseignement Supérieur, Recherche et Innovation.
Tout d’abord il ne s’agit pas d’une réflexion de plus sur l’université, mais d’un travail englobant toutes les composantes de l’enseignement, dont nous avons une conception élargie, depuis la formation des professeurs des écoles et la formation continue en passant par l’initiation à la recherche, jusqu’à la culture et aux sports. Et surtout le noyau des réflexions que doivent conduire les Assises réside dans l’innovation, non seulement technique mais aussi réglementaire, car nous croyons à l’impérieuse nécessité en Guyane d’une créativité institutionnelle nécessaire à l’interprétation extensive des formules administratives et à l’instauration de relations saines avec l’UAG.
Nous savons que la communauté universitaire de Guyane a été mobilisée à deux reprises dans les dernières années pour réfléchir aux orientations de l’enseignement supérieur et de la recherche et soumettre des propositions aux autorités de tutelle que celles-ci ont rejetées, et nous comprenons qu’elle puisse exprimer des réserves sur la nécessité d’un nouveau travail de ce type. Nous l’engageons cependant à nous assister dans l’expression collective que nous voulons donner aux besoins de la Guyane, avec son enthousiasme et sa compétence. Son effort, nous le croyons, ne sera pas vain, car nous espérons forger à partir des conclusions obtenues par les Assises un outil politique disposant de l’appui unanime de toutes les volontés guyanaises.
Rodolphe ALEXANDRE
Président de la Région Guyane








