Faire le choix d’un projet alternatif
Faire le choix d’un projet alternatif pour transformer la Guyane

La vie politique de la Guyane est absorbée par la question statutaire, car l’ensemble des élus guyanais depuis plus de 50 ans reconnaissent les limites de l’organisation administrative actuelle de la Guyane qui ne permettent pas l’efficience attendue dans la mise en œuvre des politiques publiques. Ce constat est aujourd’hui désormais partagé par les plus hautes autorités de l’État qui acceptent la nécessité d’un changement structurel.
Ce choix est avant tout celui de la responsabilité. Il est aussi dicté par le souci du pragmatisme.
Dans le prolongement de son discours du 19 février 2009 à Paris, le Président de la République a réaffirmé, lors de son intervention en Martinique le 26 juin 2009 à l’aéroport Aimé CESAIRE, sa volonté de construire un nouveau lien entre la France hexagonale, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane.
Il reconnaît, ainsi, la démarche que les élus départementaux et régionaux réunis en Congrès, le 20 juin 2008, ont engagé sur la question de l’évolution statutaire de la Guyane. Il légitime, également, le choix de ce Congrès qui s’est prononcé clairement, lors de sa séance du 19 décembre 2008, sur l’autonomie de la Guyane qui relève de l’article 74.
Je n’ai pas pour ma part changé de cap sur cette revendication d’émancipation et de dignité, dont j’ai fait un axe fort de ma déclaration de politique générale en 2004. Elle vise à doter la Guyane d’une nouvelle organisation politique adaptée à nos réalités, dans le cadre de responsabilités élargies, qui nous permettra de mieux agir sur notre développement selon nos intérêts propres avec plus d’autonomie. Il s’agit bien de notre avenir commun, celui de nos enfants pour lesquels nous voulons laisser un pays en ordre de marche et dans lequel ils pourront s’approprier leur destin, affirmer leur identité, s‘émanciper et mieux vivre.
Pour autant, ce changement structurel ne peut être dissocié de la nécessité de mettre en place des mesures d’accompagnement afin de combler les déficits structurels en matière d’infrastructures de développement économique , culturel, sanitaire et social qui devraient, de notre point de vue, faire l’objet d’un plan exceptionnel d’investissements conclu avec l’Etat. Nous devons nous y préparer comme je l’ai indiqué dés 1998 : « Maîtriser le présent pour construire l’avenir ».
En prenant en compte la singularité culturelle des outre mers, le Président de la République a clairement engagé l’Etat sur la question de l’évolution statutaire des départements d’outre mer en l’inscrivant dans un processus qui doit conduire à un consentement éclairé de la population, sur la base d’un calendrier fixé avec les élus, sans se prononcer pour autant sur le principe du report des élections régionales de 2010.
Il a, ainsi, annoncé, lors de son intervention du 26 juin 2009, qu’il consultera les Martiniquais sur l’évolution institutionnelle suite à la demande exprimée par le Congrès de la Martinique du 18 juin 2009 sur le choix d’un changement, celui de l’autonomie, basée sur l’article 74.
Cette annonce, que nous avons entendue, nous interpelle dans la mesure où nous n’avons toujours pas de réponse sur le choix basé sur l’art 74 exprimé par les élus départementaux et régionaux, lors du Congrès du 19 décembre 2008, et transmis au Gouvernement.
Les guyanais doivent également être libres de choisir, en leur âme et conscience, sur la voie qu’ils souhaitent emprunter.
C’est pour cette raison qu’avec Alain TIEN LIONG, Président du Conseil général, nous avons décidé d’accélérer le processus, en réunissant le Congrès élus départementaux et régionaux, le 2 septembre 2009, sur un projet de statut d’autonomie régi par l’article 74 de la Constitution articulé autour de documents qui seront soumis à l’examen des élus :
- le projet de société
- le régime de compétences
- les modalités d’organisation et de fonctionnement de la nouvelle collectivité
- le plan exceptionnel d’investissements
- la consultation des Guyanais dans les meilleurs délais et ipso facto le report des élections régionales.
Il s’agira pour les élus départementaux et régionaux de confirmer sur la base d’un consentement éclairé par un contenu, un projet, leur volonté de voir la Guyane accéder à un statut d’autonomie.
Ce choix est fondamental. Il doit se faire dans la clarté, la franchise et la responsabilité. Il devra être assumé par les élus de Guyane dans leur grande majorité, qui doivent écarter les fausses informations, les contrevérités, les caricatures du débat statutaire, et s’affranchir « des peurs irrationnelles » que certains exploitent au sein de la population
J’ose espérer que l’intervention du Président de la République, de ce point de vue, aura libéré les consciences au sein de sa famille politique en Guyane, et que "les nonistes ou les contras" de son camp s’en tiendront désormais à la feuille de route qu’il a tracée.
Les semaines et les mois qui viendront, seront, nous l’espérons, cruciaux, pour la Guyane, car nous allons faire un choix pour transformer notre pays. La reconnaissance, par ce choix, de notre singularité et de nos intérêts propres, doit conduire à rompre la logique de la dépendance, de 63 ans d'assimilation, d’uniformité, bref nous débarrasser des scories de l’ère post coloniale.
L’autonomie doit être comprise comme une chance pour la Guyane, dés lors que nous nous donnerons les moyens de l’assumer, d’exercer nos nouvelles compétences et mettre en œuvre un mode de gouvernance conforme aux intérêts du peuple guyanais dans toutes ses composantes et permettant l’efficience dans la mise en œuvre des politiques publiques décidées par les guyanais pour les guyanais.
L’État doit favoriser l’évolution de cette autonomie, de manière à conduire durablement la Guyane sur la voie du développement économique, social et culturel, dans le respect de ses intérêts propres, de ses singularités et de l’identité de sa population.
La Guyane doit, ainsi, disposer de la possibilité de déterminer librement les signes distinctifs et un hymne permettant de marquer sa personnalité dans les manifestations publiques officielles aux côtés des signes de la République et de l’hymne national.
Le principe d’autonomie n’est pas incompatible avec l’organisation unitaire de l’État.
La question statutaire doit être tranchée par le peuple guyanais. Les guyanais se déterminent par une éducation, une histoire, une langue, une culture propre qui façonnent leurs certitudes, leurs perceptions, leurs actions, leurs visions du monde. Notre culture est le produit d’un syncrétisme entre le local et les apports extérieurs de la France et de notre environnement amazonien et sud américain.
Antoine KARAM
Président de Région








