Actualité du 13-09-2010
Gaston Monnerville, l'Homme de loi
Affaire Galmot : Extrait de la plaidoirie de Gaston Monnerville
Mars 1931 : la cour d’assises de Cayenne ayant été dessaisie pour « suspicion légitime », le procès s’ouvre à Nantes, Parmi les avocats de la défense, un jeune Guyanais de trente-quatre ans, Gaston Monnerville, dont la plaidoirie se situe sur le terrain de l’histoire politique et sociale de la Guyane, dénonce les élections truquées avec l’aide de l’administration, affirme le bien-fondé de la révolte contre l’oppression et instruit, par le menu, le « procès de la politique coloniale ».
« Et puis, messieurs les jurés, je vais plus loin, Voulez-vous supposer avec moi, un instant de raison, que Iquy, Hibade et ces quatorze accusés soient coupables des crimes qu’on leur reproche ? Voulez-vous admettre qu’ils aient été sur les lieux au moment des faits? Même dans ce cas, je vous demanderais de les acquitter. »
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« C’est qu’encore une fois, messieurs les jurés, ce procès n’est pas le leur: c’est, encore une fois, qu’il les dépasse et qu’il nous dépasse, Je ne saurais trop le dire : c’est le procès de toute la politique coloniale qui est soumis non pas aux douze juges que vous êtes mais à la France elle-même dont vous êtes la symbolique émanation. Il ne s’agit pas, dans ces douloureux, débats, d’apprécier une simple question de politique électorale. Il ne s’agit même pas de savoir si les Guyanais ont raison de préférer la personne de Galmot à celle de Lautier. Non, non, messieurs les jurés; l’enjeu de ces débats est à la fois plus haut et plus noble; il s’agit de dire, par votre verdict, si oui ou non les peuples coloniaux ont le droit de faire respecter leurs libertés. Vous avez la lourde mais magnifique mission de proclamer, une fois pour toutes, le droit de l’homme colonial au respect de sa personnalité et de sa dignité. »
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« Messieurs les jurés, la France nous à enseigné qu’il faut mettre avant tout, au-dessus de tout, le respect de la personne humaine et la sauvegarde de nos libertés. Si l’on ne nous a pas trompés, s’il est exact - ainsi qu’on nous a appris à la penser - que rien n’est plus sacré que la liberté de l’individu ; s’il est exact qu’un homme n’est digne de considération et d’estime que dans la mesure où il a conscience de sa dignité d’homme et où il la défend, même au prix de sa vie, comment pourrez-vous reprocher aux Guyanais, outragés et tyrannisés, de s’être spontanément dressés en ces chaudes journées d’août 1928 pour la défense de leur liberté ? Vous ne devez pas condamner. Condamner ceux-ci, en effet, serait donner raison à ceux qui ont. martyrisé mon malheureux pays. Condamner, ce serait approuver les agissements criminels, les procès ignominieux qui vous ont été dénoncés. Condamner, ce serait encourager la fraude officielle aux colonies et permettre le retour en Guyane française de cette politique de mensonge, d’exactions et de haine qui a fait son malheur. »
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